Il est 17h45, c’est la sortie de l’étude, la dernière juste avant le petites vacances de la Toussaint. Pierre, Louis et Marcel ont leurs cartables bien remplis des livres et cahiers à montrer aux parents. Ils ne sont pas pressés de rentrer, les notes ne sont pas toutes fameuses. Ils vont devoir affronter les remontrances, au mieux, les punitions, plus certainement, de leurs parents mécontents.

Ils ont ralenti le pas malgré le froid ambiant. La rue est presque déserte à cette heures et les rideaux de plusieurs commerces sont déjà baissés. Ce n’est pas la peine de faire des dépenses d’électricité pour d’improbables clients. Seule la porte de la buvette est restée entr’ouverte.

En passant, ils entendent l’Emile qui fait, comme souvent, des histoires pour partir. Il chante à tue-tête son refrain préféré, narguant la tenancière qui essaie de le faire sortir.

Les trois enfants se sont arrêtés devant le café, profitant de la scène pour oublier leurs soucis. Ils rient de bon cœur devant les pitreries de l’homme. Soudain, Pierre se tend, crispe sa main sur son sac d’école en se mettent sur la pointe des pieds pour vérifier. Il a bien vu son père au fond de l’établissement, affalé devant une table, riant niaisement.

L’enfant sait qu’il devra affronter la tristesse de sa mère en rentrant, puis l’agressivité de son père lorsqu’il reviendra au foyer. Cette soirée sera encore plus triste que ce temps d’automne qui grisaille la ville.

Réjane 2007-05-20