Pour répondre à un concours sur le carnet de voyage,  j’ai voyagé dans les oeuvres d’Anne Bachelier qui faisait une exposition à la Chapelle des Jésuites à Chaumont et, avec sa permission, j’en ai fait un carnet. Voici quelques extraits :


…Et il m’absorbe. Mélusine vêtue de noir m’aguiche et je me fonds dans l’oeuf qu’elle tient dans ses mains. Son compagnon de voyage marque le pas dans cette nouvelle vie, pourtant pas si lointaine où j’étais dans le germe de la mienne, ne connaissant pas encore toutes les tempêtes qui m’ont entraînée. Que de monde dans ce petit espace, que de possibles, que d’espoirs dans une forme si parfaite que la chaleur de sa main couve.
On voyage ainsi dans le désir de la découverte avec sérénité. Je me sens prête à parcourir des terres inconnues sans réticences, à sillonner les cieux jusqu’au firmament  si telle est sa volonté. Je gonfle mes poumons de l’air du tableau qui m’accueille pour en imprimer les senteurs jusqu’au plus profond de mon âme.
Je m’accroche aux ailes duveteuses des papillons qui virevoltent dans sa chevelure à la rougeur flamboyante. Quel bon moyen de transport pour visiter cet univers !

… et plus loin :

Mon voyage commencerait-il mal ? J’ai peur d’y laisser moi aussi des plumes. La vie est pourtant ici, c’est l’œuf qui le dit. Il a fait l’oiseau blanc comme la neige, couleur de la paix, porteur d’espoir. Mais n’est-ce pas l’oiseau qui pond l’œuf de la vie ?
La femme est présente dès qu’on parle de graine mais pourquoi se voiler la face, elle se trompe. Celle-ci va trouver la mort dans la boisson que le bel homme masqué lui a présentée.
L’oiseau noir tâche de se cacher car il est puni d’avoir dit la vérité à son oiseleur, son maître.
La jalousie a vu germer le fruit de sa vérité. Coronis n’a pas résisté à la tentation de l’amour mais sait-elle qu’elle boit ses derniers instants ?
Perd-on toujours des plumes lorsqu’on approche de la vérité ?

…. et encore…

Je poursuis mon chemin dans une nuit qui noircit tout. La pâleur de la dame m’alerte. Son regard perdu exprime un regret. Elle connaît la souffrance d’un corps qui se désagrège. Elle pensait profiter du début de son automne mais le mal la déchire et l’entraîne dans la nuit.
Elle se drape de lambeaux d’elle-même pour défier le temps qu’il lui reste. Courageuse, elle garde la tête haute même si cela lui coûte.
Combien de temps donnera-t-elle le change, l’illusion de son intégrité ? J’entends ses regrets perler autour d’elle en des soupirs d’angoisse qu’elle réprime avec peine. Je suis lâche devant la malade, angoissée à l’idée de tirer moi aussi cette mauvaise carte….