Texte collectif (invention de cartes d’identité, lieu, voyage, rencontres croisées)

 

Enzo est en vacances depuis ce soir, et ce n’est pas trop tôt.
Dure, cette année, enfin surtout pour son entourage. Lui, il s’en moque de l’école, il n’a pas besoin de connaître les tables ou la conjugaison, ça ne fait pas un bon footballeur ou un champion de DS. C’est avec ses pouces qu’il est le meilleur. Il ne la quitte jamais…même en classe, en cachette il s’entraîne ! Pas de chance pour lui, beaucoup de parents ont pensé comme ses parents, un bébé de l’an 2OOO, alors il se traîne dans des classes surchargées. Bon, l’avantage, c’est qu’on passe plus inaperçu, le temps que la maîtresse s’occupe de tout le monde, c’est l’heure de la récré ou de la sortie. Il faut dire qu’il cumule les malchances. Naître à Trifouilly quand on s’appelle  Lésois! Le seul point positif, c’est l’adresse: chemin du Petit Paradis à la Rose Trémière, ça fait rêver, mais y’a que le facteur qui peut trouver ! Ses parents, Aurélien et Aurélie voulaient  retrouver la nature vraie, ils sont écolos. Ils venaient tous deux de Saumur, une belle ville avec un château, une rivière, la Loire, je crois, et des chevaux qui vont à l’école, une ville cool. C’est là qu’il va en vacances chez ses grands-parents. Il s’éclate à courir jusqu’au château et à redescendre à la rencontre des adultes.(Réjane)
Chez papi et mamie tout est différent. Le temps n’est pas mesuré de la même façon. Tout va beaucoup plus lentement et on n’est pas obligé de recevoir trois ou quatre ordres à la minute et d’agir éventuellement en conséquence. Mamie parle toujours de sa famille et du sang bleu qui
coule dans ses veines. Enzo guette toujours le moment où au jardin une égratignure de rose, où à la cuisine une coupure avec l’épluche-légumes lui permettront de vérifier ce « sang bleu ». Mamie parle souvent de son arrière-grand-mère  Adélaïde  qui avait un grain de beauté en forme d’étoile sur le sein gauche. Le petit garçon se représente cette étoile et il l’imagine recouvrant tout le sein de cette aïeule au sang bleu. C’est évidemment une étoile bleue sur un sein laiteux et Enzo est aux anges. Il en oublie même à cet instant la DS magique. Il susurre à sa grand-mère :  » si tu me racontais Adélaïde ? ». Alors Mamie parle de cette femme mariée à 26 ans à un jeune homme riche, cynique et présomptueux qu’elle a un jour abandonné là avec sa fortune et ses serviteurs pour suivre un bel artiste qu’elle aimât passionnément.(Madeleine)
Le bel artiste habitait à Paris et y menait la vie de bohème en attendant la gloire. Dans leur petit nid sous  les toits, les deux amants se mirent à travailler, lui à l’huile, elle à l’aquarelle, avec acharnement. Ils connurent, sinon la gloire, du moins assez de succès pour faire bouillir la marmite. Ils eurent trois enfants, une fille et deux garçons dont mon grand-père….Voilà, conclut Mamie, il faut toujours choisir sa vie… Qu’est-ce que tu feras, toi, Enzo, quand tu seras grand ? « Je photographierai les étoiles..pas seulement, aussi les gens, les fleurs, les bêtes… tout… la vie, quoi ! »Mamie réfléchit et dit « je vais parler de toi à un vieil ami, à quelqu’un que j’ai beaucoup aimé autrefois, car tu sais, les mamies, elles sont comme les Adélaïdes, elles ont vécu de belles histoires… Ce monsieur s’appelle Louis, mais son second prénom est Ange, et tu ne peux imaginer comme cela lui va bien !… Bon, c’est Louis Agos. .il a …voyons… plus de 70 ans maintenant… il est né en 39, tu n’as qu’à faire l’opération… bref, quand je l’ai connu, à Paris, il était  très grand, très beau avec ses
yeux noisette et ses cheveux blonds bouclés. Il boitait un peu… un accident de voiture.. mais cela ajoutait à son charme… »C’est quoi son charme,mamie ? ». « C’est, c’est, euh…oh et puis zut, je ne sais pas expliquer ça… peu importe.. Il était photographe, un vrai, un pur, pas un de ceux qui mitraillent les mariés à la porte des églises. Non, il photographiait la ville, les gens, les rues et les monuments, les moments émouvants ou forts, et on pouvait voir ses photos dans les grands magazines et des expositions.. Moi, bien sûr, je les voyais chez lui, avant tout le monde, dans son appartement du square Trousseau, dans le 12 ième art… c’était super, comme tu dis. On écoutait de la musique, on allait au cinéma, en balades au bord de la Seine. Il aurait aimé m’emmener en voyages mais je n’ai
jamais aimé ça… « Pourquoi t’as épousé Papi, alors, puisque l’Ange, il était si super ? » « Oh ! petit curieux ! Je te raconterai ça plus tard.. Allez, file retrouver Papi au jardin, lui aussi il est super, tu sais! » Et la mamie, seule en sa cuisine, retourne dans ses rêves où plane l’Ange. (MarieJo) (juin 2011)