J’écris à mon affreux épilateur :

Je t’écris ce jour pour te dire enfin ce que j’ai sur le cœur et entre autre que toi, tu es vraiment sans cœur.

Depuis des dizaines d’années, non content de me martyriser par tes incursions sur ma peau même la plus intime, tu fais un boucan d’enfer qui prévient tout le monde de tes sales actions et provoque des blagues de mon entourage qui, à la fin m’agacent.

Contrairement aux frigidaires, machines à laver, aspirateurs qui, eux, savent tomber en panne, tu jouis d’une santé de fer, reste toujours vaillant et agressif malgré le temps qui passe.

C’est suspect, tu es une amie du diable et si tu mourais, tu trouverais, c’est sûr, le moyen de te réincarner.

Si au moins tu étais capable d’éliminer définitivement les quelques petits poils qui m’encombrent, je pourrais, peut-être me réconcilier avec toi, mais non, tu préfères profiter ad vitam æternam de ta domination sur moi.

Tu ne l’emporteras pas au paradis, d’ailleurs, tu n’iras pas : Là-haut, il n’y a que des anges avec des plumes !

Je suis aujourd’hui encore esclave de toi mais je tenais à te dire tes quatre vérités et te faire savoir que si je te range au fond du placard, ce n’est absolument pas par hasard.

J’ai peu d’espoir que tu modifies ton comportement. J’aurai eu au moins le mérite d’essayer.

Je ne te dis malheureusement pas adieu mais au revoir car je suis une dame bien élevée et peu rancunière.

Ta victime ( Michèle, 2012, USP)

La réponse :

Chère amie,

Tu dis être ma victime et tu n’es pas loin de me souhaiter une panne définitive qui m’enverrait rejoindre les frigidaires et les machines à laver hors d’usage.

Laisse-moi te dire tout de go que tu es gonflée car qui vient me chercher au fond du placard pour que je me promène sur ta peau pour la laisser belle et nette, et avec quelle douceur, pas une écorchure, pas une rougeur !

Je voudrais bien que tu retournes au rasoir manuel que tu avais dû utiliser avant de me connaître. Rappelle-toi la lutte !

Tu te dis mon esclave et bien, tu vas l’être : Je me mets en « marche intermittente » jusqu’à ce que tu m’écrives tes excuses, et même, oui j’ose, un mot de remerciement pour les services rendus.

Je t’aime bien quand même et j’espère que ma réponse ne t’a pas trop rasé.

Ton dévoué épilateur

(Lili-Ann, 2012, USP)