Cher bougeoir,

Dis-moi mon ami qu’es-tu devenu ? Cela fait bien longtemps que je n’ai pas de tes nouvelles. Je me souviens quand tu trônais sur le rebord de la cheminée et que tu nous donnais une petite lueur les soirs d’hiver. Souvent, je pense à toi, à tous ces instants que tu nous a offert la lumière et de voir cette épaisse fumée noire qui noircissait le plafond.

Si tu es malheureux aujourd’hui, préviens moi, ou tout simplement si tu te sens seul ?

Je viendrai en courant te chercher, j’ai hâte de savoir si tu es en bonne santé.

Dans les moments de solitude, mon regard se braque là où u occupas ta place. Je ressens un pincement au cœur, comme si tu avais disparu pour toujours…

mais non, tu apparais souvent dans mes rêves, je te parle, tu me parles et chacun repart de son côté ; hélas ! C’est la vie.

Alors vite, fais moi un signe, juste deux mots pour me rassurer et mes espoirs seront vains.

Je pense que nous aurons tant de choses à nous raconter depuis tout ce temps passé.

Je te laisse mes coordonnées pour m’écrire, ne tarde pas je suis impatient de te lire.

À bientôt mon cher ami.

Francis, 2012, USP Réponse

Francis,

J’ai bien reçu ta lettre. Le facteur est plus malin que toi, il a su me retrouver ! Facile donc, je constate que tu n’y as pas trop mis de volonté. D’ailleurs, si je me souviens bien, c’est toi et tes frères et sœurs qui m’avaient condamné à disparaître le jour du partage. A ce moment, personne pour me défendre, pas de rêveries nostalgiques, RIEN, juste un regard indifférent et un verdict qui m’a fendu le cœur. REBUS. Que ces mots m’ont fait mal moi qui ai veillé sur vous depuis si longtemps, qui ai réchauffé vous nuits par ma lumière, qui vous ai rassuré dans le noir.

Et sais-tu ce que veut dire « rebuts ». C’est l’équivalent d’enfer, de poussière , de cartons seulement visité par les souris et les araignées, c’est des années d’enfermement et de solitude.

Heureusement pour moi, j’ai été découvert par un couple d’anglais bien sympathique qui ont acheté le carton dans lequel vous m’aviez oublié et qui réside près de chez toi. Eux ont reconnu en moi cette lumière, cette vie que tu évoques. Alors depuis je suis bilingue. Je trône dans le salon, sur le manteau de la cheminée, un peu comme chez toi autrefois. On me dorlote, on m’offre des bougies différentes, on m’admire. Sache que je n’ai pas l’intention de quitter cette famille qui m’a accueillie.

Ah, je te propose un jeu avant de te quitter, quels objets as-tu oublié avec moi dans ce carton, t’en souviens-tu ? Tu vas faire concurrence à Hugo tant tu vas écrire de lettres. Bon courage et good bye.

Ton bougeoir (Réjane, 2012, USP)