Elle ouvrit la porte et sut tout de suite qu’elle n’aurait jamais dû l’ouvrir.

Et pourquoi pas ? Encore ce doute, cette hésitation alors qu’elle sait qu’elle veut bouger. Enfin, que risque-t-elle à entrer dans l’atelier d’écriture ?

Février 2003, j’écrivais :

« Pendant des années, comme je parlais avec un langage coloré, imagé, on n’a cessé de me dire : Ecris, écris, ECRIS.

Cette idée s’est insinuée en moi mais écrire quoi ?

Un roman, le récit de mes expériences, mon autobiographie, des contes pour enfants ? Et pourquoi pas un roman de science-fiction ?

Tout le monde t’encourage mais toi, tu doutes et tu n’as pas le début du commencement de la fin. Tu tournes en rond car les autres n’ont peut-être pas tort : C’est vrai, j’écris comme je parle, quelle facilité, quelle tentation !

Je reste pourtant devant la page blanche.

Ecrire pour faire des rencontres, respirer, vivre.

Je ne veux pas écrire seule, je veux écrire avec un autre, des autres qui conjugueraient avec moi des émotions, des savoirs qui rendent aimants, joyeux d’être en communauté.

Mais, où est-t-il celui-là ?

Et puis un jour, once upon a time, ma fille Maud, attentive me propose deux outils : Son encre de chine et son merveilleux porte plume que je lorgnais depuis quelque temps. Et comme elle n’est pas sans ressource devant les obstacles, artiste qu’elle est, elle propose : « Prends un personnage et part avec lui ».

Bienvenue à Mimi la fourmi

Elle a des yeux ouverts, verts, vers…des grands cils, des yeux pour recevoir, évidemment,des antennes, quelles antennes !

Sur la tête, deux tiges armées de cristaux capables de capter des électrons agités dans tout champ X, électrons porteurs d’une multitude d’informations, impressions et surtout sensations, émotions, poil au menton.

Alors, Mimi la fourmi écrit. Elle crie son désaccord, alors qu’elle est plutôt d’une nature arrangeante.

Les fourmis vivent ensemble, elles sont solidaires, volontaires, courageuses, ardentes, actives pour accomplir la tâche utile à toutes. Quand une d’entre elles peine, les autres ne l’ignorent pas, bien au contraire : Elles l’entourent, s’associent à elle et l’obstacle dépassé, elles reprennent leur route.

Ainsi, on voit des fourmis transporter des objets bien plus lourds qu’elles avec une facilité déconcertante.

Alors, Mimi la fourmi, elle était contente d’appartenir à cette espèce.

Très jeune et encore plus tard, elle a été courageuse, ardente et franchement active : Ah ça, le travail n’a pas manqué et elle en a porté des fardeaux parfois plus lourds qu’elle et pourtant, elle n’était pas fluette, plutôt arrondie comme on dirait aujourd’hui.

Et comme elle était solidaire comme les fourmis ( enfin les normales), elle a aussi porté, bien souvent, la charge des autres.

Elle était fière d’elle, cette brave fourmi, mais depuis quelque temps, elle perd son ardeur, sa joie de vivre et le plaisir du travail accompli.

Ce ne sont pas les années qui pèsent mais le triste constat qu’elle fait du monde qui l’entoure et qui touche ses proches qui souffrent du même mal.

Où est-t-il ce monde meilleur auquel elle a cru et pour lequel elle voudrait encore lutter ? Elle se sent seule, Mimi la fourmi, déçue de l’absence de conscience, de solidarité et de joie de ses congénères.

Alors, elle a voulu s’enfermer dans une grotte mais elle n’a pas pu y rester.

Que faisait-t-elle là, seule et puis ce rayon de soleil qui s’ingénier à pénétrer la grotte et lui disait : «  Sors de là ».

Elle a tenté de résister mais plus le temps passait et plus elle devenait malade : Son corps de fourmi réclamait la lumière.

Aujourd’hui, toujours accompagnée de Maud la sauterelle et de son compagnon, Jacques le condor, elle tente avec anxiété mais espérance, une sortie. »

Merci à ma plume et j’ai peut-être bien fait d’ouvrir cette satanée porte.

Michèle, 2012, USP