Il y a quelques mois, j’ai décidé de vider en un seul tas, toutes les photographies qui dormaient, depuis avant ma naissance, dans de nombreux cartons et boîtes à chaussures de toutes tailles, du 36 au 43 !

Il m’a fallu des semaines de labeur opiniâtre pour recomposer une chronologie de mémoire, des personnes, des lieux et des faits.

Chemin faisant, je me suis aperçue que les sites et les lieux les plus divers apparaissaient sous mes yeux et j’en vins, inexorablement, à composer un album, à part les autres, uniquement garni des cadres de vie qui ont été les miens jusqu’à ce jour.

J’avais nettement l’impression de découvrir un livre de voyages, attendrissant, désolant de temps en temps, superbe souvent, repoussant parfois.

C’était également une aventure dans le temps, animée de personnages, souvent disparus, mais qui hantaient encore ces lieux en image.

Tout en compilant, organisant mon album, je me pris à compter et répertorier tous ces lieux que j’avais habités . Avec effarement, le total se montait à 21. Machinalement, la division fut faite.

J’avais donc, sous les yeux, une vie de « nomade » sédentaire, commencée dans la guerre, celle de 1940, poursuivie dans les aléas des rencontres imposées dans mon enfance et mon adolescence,

choisie par mes préférences d’adulte. De façon abrupte, j’arrivai à la moyenne de 3,5 (années) passées sous chacun de mes toits successifs.

A la recherche de quoi ou de qui, pouvais-je bien être désignée ? Je ne dirais pas « condamnée »

Car chaque déménagement, je l’ai vécu comme un virage sur la route, un aller vers un autre ailleurs,

Un changement de couleurs, de formes, de personnes.

Parfois, le départ fut rude mais nécessaire, il m’est arrivé de perdre un toit pour retrouver mon moi, curieux et inventif, dans un nouveau cadre, amoureusement recomposé.

Voici sans doute mon itinéraire de vie, celui qui m’a été légué, peut-être par un aïeul dépossédé de son toit sans avoir pu réparer l’injustice ? et parti dans cette situation inachevée.

Lili-Ann, déc 2011