Cher flocon

Tu es celui que j’ai attendu pendant neuf mois comme on attend un enfant et chaque année ma patience est récompensée par ta venue. Tu es toujours au rendez-vous quelque soit le jour ou l’heure. Je revis avec toi des moments heureux et d’évasion de mon enfance. Je te regardais à travers les fenêtres de la classe, suivais ta lente descente ou tes tourbillons jusqu’à ce qu’on me rappelle à l’ordre.

Tu n’es pas bien grand et ton apparence duveteuse m’entraînait dans des rêves de voyages dirigés par le moindre souffle d’air qui te faisait voleter, dériver puis te poser délicatement. Ta blancheur contraste avec le gris du ciel, tu recouvres le squelette des arbres de ton manteau blanc comme l’hermine, tu étouffes les bruits inutiles.

Le cours de dessin que j’aimais le plus était celui où il fallait te dessiner. J’ai gardé dans mon souvenir, un très fort plaisir intérieur devant la formation de tes cristaux, comme s’ils représentaient pour moi la perfection, je n’ai jamais été aussi sage que quand je te dessinais.

Et encore maintenant, j’aime retrouver ton contact sur ma joue, comme une caresse fraîche et éphémère, mais dont le souvenir persiste. J’aime toujours te regarder pétiller au soleil et je suis encore tentée d’aller te transformer en bonhomme, ou en boule pour jouer avec les enfants. La joie que tu fais briller dans leurs yeux me dit que tu as encore de beaux jours devant toi.

Geneviève